Emp_Palpatine a écrit :Tu as des détails?
Je ne savais pas tout ça et je suis friand de toute ce qui peut porter atteinte à la légende des reicho-wehrmachtolâtres.

J'ai même un bouquin à te proposer à ce sujet

Mieux: un bouquin en français

(quoique, tu risques de me maudire pour la facture, mais ça doit se trouver dans chaque bibliothèque universitaire, c'est un classique).
Donc:
Bloch, Charles (1986): Le Troisième Reich et le monde. Paris.
Peut-être qu'il existe une édition plus récente, ma traduction en allemand date de 1993.
Quelques passages indirects tirés du chapitre consacré aux contraintes économiques:
- l'Allemagne a un cruel besoin en ressources et en nourriture, malgré les diverses initiatives pour augmenter la productivité dans le pays et assurer l'autarcie en nourriture. Elle doit donc importer, et pour celà elle a besoin de devises fortes. Les réserves en or et devises de la République de Weimar sont déjà à un niveau très bas en 1934. Le ministre de l'économie. Hjalmar Schacht, place les imports sous contrôle de l'état et n'autorise plus que les imports les plus urgents. Partout, des efforts sont entrepris pour importer sur base d'échange (machines, produits industriels, armes) pour limiter les besoins en or et devises. En 1935, 78% du commerce extérieur allemand tombe dans cette catégorie, qui masque la faiblesse fiscale du Reich.
- pour garantir ces échanges, tous les pays possibles et imaginables sont contactés. Même l'URSS, au grand dam de Hitler (il s'y fera avec le temps, encore plus après le début de la guerre, pour contourner le blocus anglais).
- l'Allemagne est incapable de rembourser ses crédits, notamment par rapport aux USA (4,1 milliards de Reichsmarks), les Pays-Bas (2,8 milliards), la Suisse (2,46 milliards) et le Royaume-Uni (1,72 milliards). Les diplomates tentent de trouver des accords bilatéraux, par exemple en compensations sous forme de produits industriels, ou alors des promesses d'achats de produits de ces pays. Ils parviennent à diviser les pays créanciers et obtenir des compromis plus ou moins intéressants.
- le cours du Reichsmark est défini par l'état, et en permanence surévalué. Presque aucun pays n'accepte donc d'être payé dans cette monnaie. Les créanciers allemands sont forcés d'accepter des paiements en Reichsmarks.
- en 1936, le commerce extérieur de l'Allemagne atteint difficilement le volume de celui de 1933. Les problèmes croissent au fur et à mesure que le réarmement s'accélère. L'impasse étant là, Hitler refuse d'augmenter l'importation de ressources (demandée expréssement par la Wehrmacht), qui aurait permi un réarmement plus massif.
- on tente de contourner les problèmes en renforcant le contrôle de l'économie (instauration du plan de 4 ans, présidé par Göring). Les demandes civiles sont pour la première fois limitées (moins de viande et d'huile). Les paysans sont de plus en plus protégés (lois absurdes d'héritage des parcelles de terre arables, pour inciter la population à travailler dans l'agriculture). Augmentation des temps de travail (1939) après que le pouvoir soit bien assis.
- fin 36, les avoirs allemands à l'étranger se montent à 1,5 milliards de RM, contre 25 milliards en 1914. Ils sont retirés peu à peu pour remplir la caisse de l'état, qui accuse un grave déficit commercial.
- 1938, la situation est plus détendue grâce à l'annexion de l'Autriche et la capture des réserves d'or et de devises. Le déficit commercial est limité à 180 millions de RM. Grâce à de la magouille financière magistrale, seul 1/6e des dépenses du Reich sont vraiment couvertes. Les dépenses d'armement explosent.
- les ministres conservateurs (installés pour la plupart depuis 1933 pour obtenir le soutien de la population) s'affolent vers 1937-38. Ils voient que la situation économique est intolérable et mènera droit à la faillite sans politique d'expansion guerrière (et le pillage économique qui pourrait s'ensuivre). Vu qu'ils essayent d'éviter la guerre, les loyautés baissent et les ministres seront remplacés à moyen terme (la consolidation du pouvoir en Allemagne le permettait).
Bref, l'économie était au plus mal, et ne pouvait être sauvée que par: l'abandon du réarmement ou la guerre. La première solution étant quasiment inimaginable, car elle aurait remis en cause tous les succès en politique étrangère des dernières années, qui faisaient l'attrait du gouvernement pour une bonne partie des conservateurs ... la politique choisie par Hitler menait inévitablement à la guerre en Europe, sans grande possibilité de la reporter.