"Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force d'être méchant : toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté."
Le jeune roi Charles IV, était monté sur le trône à 11 ans, entouré d’ennemi, n’ayant pas connu son père et devant gérer un Royaume bouillonnant de rages et d’amertume. C’est ainsi qu’il a appris à se méfier de tous et de régner par la terreur. Il disait toujours : « La bonté égaille l’appétit, le sang le calme. » Sa jeunesse, son manque d’expérience et la révolte des Louisards avait fini par faire de lui un sanguin, un haï, un Charles le Cruel…
Mais son fils Charles V, était à peu près dans la même situation : son père était souvent en guerre ou au combat et lorsqu’il revint au château royal, il était très malade de la syphilis. Le fils souffrit beaucoup de ce manque et il aurait pu aussi, à la mort de son père, devenir cruel en suivant les recommandations de feu le roi Charles IV. Cependant, il était d’abord un jeune enfant, honnête et plein de bonne volonté. Il se montrait aimable et poli et adorait la vie. Mais son innocence le perdit car il ne vit pas en William III, duc de Normandie, le traitre qui se cachait derrière le régent.

Alors même que le roi semblait destiné à une vie de noble, de bonté, à un retour en grâce du règne des « bons » rois, il se trouva finalement que, par la force des choses, la haine des Grands Seigneurs, et la misère de sa fuite ; il apprit à haïr son prochain. Mais revenons sur ces 5 mois décisifs, du sacre du roi le 12 février 1147 à la fuite de Paris le 9 juin 1147.
Tout commença donc par le sacre du roi à la cathédrale de Reims. L’évêque dira du jeune roi :
« Il était doux comme un agneau, paisible comme un ange et beau comme un prince. » Tout le monde s’accorda pour dire que le sacre fut une franche réussite, mais les problèmes arrivèrent bien vite pour le jeune roi qui ne sut les gérer. Se référant au régent, il lui accorda les pleins pouvoirs pour régler ces soucis. Seulement, le duc de Normandie agissait dans l’ombre pour son propre compte. L’avertissement émis par le comte de Vendôme au sujet d’un complot du duc de Normandie ne mit pas la puce à l’oreille du roi.

Le duc normand choisis donc la bonté pour calmer les Nobles, « cette faiblesse infâme » comme le dira plus tard le roi. Il offrit de nombreux cadeaux, des titres et même des terres aux Grands de France pour qu’ils acceptent de soutenir le roi. Seulement, cela était la version officielle. La version officieuse était que le duc préparait un coup d’état pour prendre le pouvoir.


Le jeune roi, sans soutient dans ce cruel monde, tomba des nus lorsqu’il apprit la rébellion des Normands. Bien sûr, il refusa de céder son pouvoir, mais il n’eut pas le temps de réunir l’ost royal que les Normands se présentaient déjà devant Paris. Le comte Hugues de Vendôme, l’un des rares partisans du roi et son plus fidèle, devient alors le régent du royaume. Il tenta d’organiser la résistance mais n’eut guère le temps. Melun tomba le 20 mai, puis Paris le 9 juin.



Lors de la fuite de la capitale, le roi put se retourner pour voir Paris brûler. Tout ce en quoi il avait cru, toute son innocence venait de se volatiliser et de partir avec cette fumée. Un chevalier présent auprès du roi nous a rapporté cette histoire dont on ne sait si c’est une simple légende ou la vérité. Toujours est-il que ce chevalier dira : « Le jeune roi n’était plus. Désormais, c’était un démon sans cœur qui s’apprêtait à régner, un démon qui ne savait plus ce qu’était l’innocence… »


Les larmes aux yeux, il demanda à Hugues « Pourquoi des catholiques tuent-ils des catholiques ? » Le comte ne sut que répondre et le roi ne réfléchit pas longtemps avant de dire : « Si un catholique agresse un catholique, c’est qu’il ne défend plus la religion, ais-je raison ? Donc dans ce cas, il n’est plus le descendant d’Adam mais juste un paria. J’ai bon ? Si c’est un paria, alors ce n’est plus un Homme… Si ce n’est plus un Homme, alors… il mourra. »

