Dans cette allocution, baptisée "Communiqué N°1" dans la plus belle tradition des colonels putschistes arabes, le duumvirat explique les raisons de son action et ses premières décisions :
- L'Etat de siège est proclamé;
- Du fait de l'instabilité et du vide du pouvoir depuis que le congrès est en session, ce dernier est dissout et la constitution est suspendue;
- L'agitation de la part du PCF et de l'ultra-gauche (bien que ces derniers de détestent copieusement) et la préparation avérée d'un coup de force par les communistes déclenche l'arrestation de ses dirigeants principaux et la mise hors la loi des activités du parti pour la durée de l'Etat de siège;
- Une assemblée constituante doublée d'une commission nommée rédigeront conjointement une constitution;
Bien évidement, les pays du Monde Libre émettent les réserves habituelles, condamnent le coup de force. La réalité est plus prosaïque : on se félicite que Paris soit pas tombée dans l'escarcelle de Moscou ou, à tout le moins, dans une neutralité synonyme de Finlandisation.
Moscou est furieuse et use de tous ses moyens d'influence pour déstabiliser le nouveau pouvoir en France.
Il est vrai qu'à l'intérieur, l'opinion est divisée. Un "fer de lance révolutionnaire" existe bien, parmi les étudiants d'ultra-gauche, les intellectuels marxistes et une large proportion de la CGT et du PCF. Ces mouvements sont cependant divisés, rivaux, souvent peu sérieux ou amateurs et surtout minoritaires.
La majorité du corps électoral aspire à la tranquilité et c'est presque un soulagement coupable qui a accueilli l'opération Résurrection dans les profondeurs du pays. La peur du rouge et des ultras y fit beaucoup.
(cf les scores électoraux de la droite et du centre en 1969).
Le nouveau régime, quant à lui, n'est guère un monolithe et manque même de cohérence. L'armée française n'a jamais été une bonne politique et le fiasco de 1961 l'avait déjà montré. Miraculeusement, le contingent ne bougea pas et le coup reçut si ce n'est du soutien, du moins la neutralité de la population. Mais si l'ensemble des partis du centre-droit à l'extrême droite se montrèrent dociles, ça ne donnait ni de ligne directrice, ni de cohérence.
- L'extrême droite, éclatée, pense tenir sa revanche sur tout un tas de choses mais manque elle-même d'unité : vieux vichystes sur le retour rapidement renvoyés à leurs études par les putschistes de la génération des "colonels"; OAS à qui il manque cruellement une raison d'être depuis l'élimination de sa Némésis; crypto ou néo-fascistes aussi peu écoutés que peu nombreux; vieux bonaparto-royalistes s'imaginant que les généraux joueront les Moncks...
Les officier, de la génération des "colonels" sont assez loin de tels mouvements.
- La droite est tout autant perdue mais représente une force puissante dans le pays, frustrée d'un pouvoir qu'elle estime lui appartenir depuis 1962. Les ultras vocifèrent, les gaullistes, néo-gaullistes, vieux gaullistes se disputent l'héritage du traître de 61-62. (

)
- Le centre-droit est rassuré par le coup, voyant le pouvoir glisser vers les socialo-communistes, mais en même temps (

) se sentait plutôt bien à l'époque Molleto-Mitterrandiste et n'aurait guère gouverné de manière différente.
- Le centre-gauche, quant à lui, s'il est officiellement furieux du putsch, se félicite une fois les portes fermées que le glissement à gauche soit stoppé.
C'est une patate chaude que le pouvoir politique en France et craignant pour son image de chevalier blanc, l'armée souhaite s'en débarrasser le plus vite possible.
Après une année 1970 consacrée au rétablissement de l'ordre et à quelques procès dans une ambiance de dictature assez peu prise au sérieux, une élection municipale est convoquée pour début 1971.
Bien que l'activité des partis soit suspendue, les candidatures sont assez transparentes pour les électeurs.
Les candidats soutenant ou neutres vis à vis de la junte l'emportent (droite et centre-droit) bien que les candidats hostiles (gauche) aient pu remporter un score plus qu'honorable.
Craignant une montée de l'opposition et souhaitant terminer au plus vite sa mission, le gouvernement convoque l'élection d'une constituante pour l'année suivante.
Conforme aux rapports de force de 1971, la constituante s'attèle à la tâche. Il est rapidement évident qu'un texte proche de 1958 va être rédigé:
- Bicaméralisme, mais cette fois égalitaire avec un mode de scrutin mixte pour la chambre basse élue pour 4 ans;
- La majorité crypto-gaulliste parvient à faire accepter le septennat au suffrage universel, le souvenir de 1969 faisant le reste;
- Le renforcement des deux chambres, cependant, réduit la possible prépondérance présidentielle
Soumise au référendum, la nouvelle constitution est acceptée et au printemps 1973, l'élection a lieu.
Candidat quasi-officiel du fait de sa proximité de l'armée et de son rôle dans la rédaction de la constitution, soutenu par la droite non-gaulliste et le centre, Michel Debré l'emporte largement au 2nd tour face à Mitterrand qui souffre de l'abstention des électeurs communistes.
En Mai 1973, la transition est terminée et Debré entre en fonction...
(bonne chance avec le choc pétrolier

)