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Re: AAR Imperium Romanum

Posté : lun. avr. 21, 2008 10:13 pm
par griffon
ca vaut le prix Goncourt cela ! :shock: :shock:

"j’avais capitulé face à la reine du monde et partagé sa couche, me souillant comme le plus misérable des damnés"

c'est Salambo de Flaubert en plus grandiose ! .......... :ko:

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : mar. avr. 22, 2008 2:10 pm
par mad
:lolmdr: :oops:
Venant de Griffon Pertinax, ces compliments sont impériaux ! :wink:

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 01, 2008 6:38 pm
par mad
Chapitre 5 : Ou comment Otto Grandpieos se retrouve mélé malgré lui à un vaste complot


Le contact de Faustine m’avait dangereusement rapproché d’un monde inconnu pour tout autre citoyen romain, et qui pourtant décidait souvent des destinés de l’empire : le monde des intrigues, des luttes d’influences et des coup bas. J’en avais une vague idée, à voir le nouvel ami inséparable de Commode, Schnickeon. Mais c’est Faustine qui me révéla, dans toute sa splendeur, les couloirs tortueux et sombres qu’empruntait bien souvent le vrai pouvoir.
Du médecin à l’amant, de l’amant au confident, il n’y avait qu’un pas que j’avais allégrement franchis. Il faut croire que cette relation ne pouvait être à sens unique, puisque j’appris beaucoup, le temps de ces quelques mois passés entre les sombres forêts de Germanie aux déserts de Syrie. Les derniers jours, alors que les 4 légions serpentaient tel un long ruban d’une ville à l’autre, de l’étape du matin à celle du soir, les choses se précipitèrent et me firent entrevoir ce que bien peu avaient pu connaître auparavant.

La santé de Faustine déclinait au fur et à mesure que nous nous enfoncions en Syrie et nous rapprochions de l’Egypte, où le général Avidius Cassius semblait vouloir mener contre Marc Aurèle le combat qui trancherait entre les 2 empereurs. Déjà, alors que nous étions un peu plus au nord, en Cappadoce, Faustine avait promptement quitté un repas organisé à Césarée par le gouverneur de la province, resté fidèle à Marc Aurèle, Venitius Varon.


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Les tonneaux sont en perce, les tavernes sont ouvertes, à Césarée ça va swinguer !


L’homme, qui devait avoir une trentaine d’années, s’était vu confié la province pour une période comprise entre 3 et 5 ans, avec le titre de légat propréteur de rang consulaire, une position particulièrement enviée dans le système de gestion des provinces romaines.

En effet, certaines provinces dépendaient uniquement, en théorie, du Sénat, avec des hommes issus du sérail et nommés par leur pairs. La durée était limitée et les postes réservés à des hommes ayant fait leur preuve comme consuls, et qui pouvaient ainsi exercer leur fin de carrière en s’enrichissant sur le dos des habitants. La lutte était donc rude pour obtenir ces postes convoités, le meilleur moyen pour renflouer les caisses de tout citoyen romain un tant soit peu endetté.
Les exemples n’avaient d’ailleurs pas manqué de Sénateurs pillant à merci les provinces en question afin d’enrichir leurs palais du Palatin ou leurs villas d’Ostie. Tant que l’exploitation de la région restait dans des limites raisonnables, le Sénat ne déposait aucune plainte réelle – chaque Sénateur n’espérant qu’une chose, prendre la place du prédécesseur et assouvir ses désirs de pouvoir et de luxe. Il aurait été inconcevable que quiconque se mette un jour à tuer cette véritable poule aux œufs d’or…
La position était d’autant plus enviable qu’elle ne supposait aucune compétence réelle (ce qui, pour être honnête, rendait ainsi crédible la candidature de la plupart des sénateurs) et une responsabilité bien limitée : les provinces sénatoriales étaient en général les plus vielles provinces de l’empire, celles qui ne connaissaient aucun heurts et ne nécessitaient pas la présence de Légions sur place.


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Notre périple à travers les différentes provinces romaines


Les autres provinces dépendaient, elles, directement de l’Empereur, qui y plaçait qui il voulait, le plus souvent des hommes dont la loyauté ne pouvait être mise en doute. Il faut dire que les provinces impériales étaient le plus souvent aux marches de l’Empire, dans des zones qui n’étaient pas forcément pacifiées, et des troupes plus ou moins importantes y stationnaient en permanence.
Ainsi on comptait deux légions en Cappadoce, tandis que la Syrie se taillait la part du lion avec 3 légions. Cela expliquait parfois l’air soucieux que prenait Marc Aurèle quand les chiffres s’imposaient à lui : pouvant compter sur la fidélité de la Cappadoce, l’Empereur y disposait d’une réserve de 2 légions, en plus des 4 légions qui nous avaient accompagné depuis le Danube. Un total de 70.000 hommes, mais qui pouvait se révéler insuffisant si les provinces d’Orient suivaient le mouvement lancé en Egypte par Avidius Cassius.
Une légion en Egypte, 3 en Syrie, 2 en Palestine, une en Arabie, encore 2 autres à la frontière Parthe : si la rébellion s’étendait, le général ennemi, très apprécié dans la région pour ses faits d’armes, pouvait disposer d’un réservoir de 9 légions, soit prés de 110.000 hommes et un tiers des soldats couvrant la surface du Monde Romain.

Aussi la réaction presque hystérique de Faustine ne lassa pas de surprendre alors que nous étions accueillis par Venitius Varon : loin de se rassurer en voyant ainsi 2 légions faire corps avec son mari l’empereur, elle avait éclaté en sanglots, quitté le repas donné en l’honneur de Marc Aurèle et s’était enfermé avec ses servantes dans l’incompréhension générale.
La nuit qui suivit, un début d’incendie commença même dans les pièces occupées par toute la suite de Faustine, feu qui fut déclaré comme accidentel et mis sur le compte d’un esclave un peu plus débile que les autres, et qui aurait oublié d’éteindre les bougies. Je savais à quoi m’en tenir, il s’agissait d’une nouvelle tentative de Faustine pour se supprimer.


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Brûle ! Brûle ! Ou une tentative de petit-suicide impérial


Je pensais être l’un des seuls à disposer des clés me permettant de saisir le désespoir impérial. La proximité (certains auraient dit la promiscuité) avec Faustine avait fait de moi l’objet de toutes les confidences. Si j’avais entrevu le danger qui menaçait ma frêle nuque suite à ma liaison avec Faustine, j’avais bien pris conscience du danger encore plus grand qui me menaçait depuis que Faustine m’avait tout révélé, une nuit où l’alcool avait enlevé le peu d’inhibitions qui restait en elle. J’avais aussi bien mieux compris son insistance à tout vouloir savoir de la santé de l’Empereur.

Faustine tenait-elle vraiment à Marc Aurèle ? Aujourd’hui, sachant ce que je sais et ce qu’il advint par la suite, je me permets d’en douter. Tout ce que voulait Faustine était le pouvoir, et son excentricité sexuelle n’en était que l’un des multiples révélateurs. Il se trouva qu’en guerroyant sur le Danube, Marc Aurèle était tombé gravement malade, comme je l’avais déjà dis. J’en vins moi-même à me demander si les Dieux n’auraient pas plus de chances que mes médications afin de restaurer la santé impériale. Faustine conçu certainement les mêmes doutes. Je l’imagine, tremblante dans sa chambre, voyant son mari décédant subitement et le pouvoir se retrouvant aussitôt, comme le souhaitait Marc Aurèle, dans les mains d’un adolescent colérique et orgueilleux, Commode.

Oh, certains pourraient penser que la situation était enviable, que de passer du statut de femme de l’empereur à celui de mère d’un nouvel empereur n’était pas la pire des infamies qui soit, bien au contraire. J’imagine Faustine, évoluant dans sa chambre, se mettant à l’angle d’une fenêtre afin de saisir les rumeurs venant du campement, Faustine songeant à deux exemples qui pouvaient sérieusement la faire douter quant au pouvoir réelle qui lui incomberait.
Livie, femme d’Auguste, devenue Augusta par la suite et intronisée au Panthéon parmi les Dieux bien après sa mort, avait du se morfondre en voyant comment son fils à qui elle avait donné l’empire, Tibère, l’avait écarté de la sphère du pouvoir, la laissant recluse loin de Rome et se morfondant sur l’ingratitude d’un fils à qui elle avait tout apporté, la vie et la couronne. Ou Agrippine, femme de Claude, qui avait aux forceps et par une multitude d’empoisonnements – dont celui de ses différents maris - fait de son fils Néron le maître de Rome avant que ce dernier, ayant décidément bien appris de sa mère, échoua à la noyer dans le port de Baïes avant de se débarrasser définitivement d’elle.


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Comment tuer sa mére ? Simple, la foutre sur une triréme piégée qui se casse en deux ...


Supposant la mort de Marc Aurèle, Faustine eut-elle la certitude de voir en Commode la vision de sa mort prochaine, un fils ne disposant de sa propre existence qu’à la disparition de celle qui l’enfanta ?
Toujours est-il que Faustine envoya aussitôt, et le plus secrètement possible, des missives à destination de l’Egypte et du meilleur général que l’Empire comptait alors, Avidius Cassius. Lui révélant la mort prochaine de Marc Aurèle, elle le suppliait de réclamer le trône qui resterait vacant quelques temps, lui proposant même un marché qui ne me surpris pas outre mesure : Avidius Cassius pouvait prendre Faustine comme nouvelle femme, et la continuité dynastique serait, du moins dans les formes, maintenue.
Que serait-il advenu de la propre femme d’Avidius Cassius, ou même de Commode ? Faustine ne s’épancha pas là-dessus, mais rien que de très funeste, certainement.

Et tout s’était alors joué. Avidius Cassius, sur la foi des missives reçues et des rumeurs alarmantes venant de Germanie, s’était lancé dans la course à l’empire. Ce n’était pas la première fois qu’un général un peu plus aventurier que les autres se voyait régner à Rome, et ses arguments étaient solides. C’était sans compter sur le médecin de Marc Aurèle, votre serviteur, puisque je réussis à guérir l’Empereur, comme par miracle. Une pirouette des Dieux, certainement, qui aiment à nous voir nous agiter comme dans une fourmilière et nous entretuer, pour leur plus grand plaisir.

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : ven. mai 02, 2008 12:55 pm
par mad
Chapitre 6 : le choix de Julius Sentencius


Alors que nous quittions notre dernière halte, un courrier appris à la Cour que le Sénat s’était enfin rallié à Marc Aurèle, et fait d’Avidius Cassius un ennemi de la Nation. Tout citoyen romain avait donc le devoir de s’en prendre à Cassius par tout moyen, et son éventuel meurtrier recevrait les remerciements du Sénat. Quand je pensais à ces vieux croûtons desséchés se réunissant dans la Curie afin de prendre ce type de décisions, je ne pouvais qu’éprouver un écoeurement certain. Les Sénateurs, qui avaient autrefois fait la grandeur de Rome, n’étaient plus que l’émanation satisfaite de notables serviles qui s’étaient peu à peu déchargés de toutes leurs responsabilités sur le dos de l’empereur, faisant du Sénat un coquille vide dont je ne comprenais plus vraiment la nécessité. Etant grec, il était évident pour moi qu’une assemblée se devait d’avoir un réel pouvoir, et que la soumission des Sénateurs allait à l’encontre de ce qu’on pouvait attendre d’un tel organe.


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A Rome, quand l'empereur n'est pas là, le sénat danse


Marc Aurèle n’était heureusement pas de ces hommes qui éprouvent du bonheur devant la servilité des autres, et il appela publiquement à un peu plus de clémence envers Avidius Cassius. C’est certainement là que j’ai, pour la première fois, pris en défaut l’empereur philosophe, dont le comportement par la suite sembla démentir ses belles paroles.

Nous avancions dans une région particulièrement désertique, par une chaleur étouffante, et bien que parfaitement entraînées, les légions commençaient à marquer le coup après les milliers de kilomètres franchis à une allure soutenue. Les hommes devaient certainement penser aux hommes reposés qu’ils auraient à affronter d’ici quelques jours, des Romains comme eux, qui utiliseraient les mêmes armes, les mêmes tactiques, sur un terrain qu’ils connaissaient. L’étendue de la rébellion serait déterminante, même s’il semblait de prime abord que les légions d’Arabie et de la frontière parthe n’avaient pas rejoint Cassius. Contrairement à la seule crainte qu’avait pu avoir l’empereur, ses troupes ne seraient pas en sous nombre.

C’est une nuit, alors que le campement provisoire venait d’être achevé, qu’un cavalier isolé fit irruption et, abandonnant un cheval exténué aux soins d’esclaves, demanda une audience avec l’empereur. Sa cape et ses signes distinctifs étaient ceux d’un centurion, plus précisément un officier de ce qui devait être (je l’appris par la suite) la IIéme Légion Trajana Fortis, basée à Nicopolis, à proximité d’Alexandrie. En tant que proche de l’empereur, j’eus l’opportunité d’assister à l’entrevue, de même que les officiers de Marc Aurèle, Commode et son entourage (Schnickeon, Perennis et Chal)

C’est ainsi que je découvris pour la première fois cet étrange centurion qu’était Julius Sentencius. Grand, un visage qui avait autrefois certainement du séduire nombre d’autochtones, mais qui était aujourd’hui balayé par une grande balafre, souvenir d’une bataille en Arménie, un regard décidé qui vous vrillait jusqu’à vous rendre mal à l’aise, l’homme était l’exact image que l’on pouvait se faire d’un homme sorti du rang et qui, par ses exploits militaires, avait abouti au grade envié de centurion. Reconnu et estimé par son général, Avidius Cassius, il avait pu passer devant les 59 autres centurions de la Légion pour devenir centurion primipile : en charge de la première centurie de la première manipule de la première cohorte, c’était à lui que revenait l’honneur de lancer le premier son pilum sur les troupes adverses lors d’une bataille. L’homme était ainsi reconnu comme étant le plus valeureux des hommes de la légion.


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Pas de pacotille ! Cuirasse ouverte, chaine en or qui brille, je danse le Sentenzia !


Aussi les nouvelles qu’il nous apporta d’Alexandrie nous stupéfiâmes, surtout quand on connaît l’honneur des soldats et leur dévouement pour leur général, fut-il classé comme traître par le Sénat. L’histoire avait été jalonnée de légionnaires qui avaient donné leur vie pour un général parti à la conquête de Rome. Il en avait été différemment dans le cas présent, comme voulu le prouver Sentencius en déposant un sac de jute sur l’une des tables de la pièce ou nous étions tous. Marc Aurèle, qui comprit aussitôt de quoi il retournait, gratifia Sentencius d’un regard où colère et tristesse semblaient mêlés. Il quitta la pièce, tandis que nous restions encore hypnotisés par ce sac noirci par la poussière et dont nous ne pouvions désormais faire abstraction de l’odeur lancinante qui s’en dégageait. Sous le regard imperturbable de Sentencius, Schnickeon renversa le sac sur la table et recula dans un sursaut, non sans avoir laissé s’échapper un cri qu'on aurait cru celui d'une femme. Je restais paralysé, tandis que Commode se rapprochait de la table, pour mieux observer la tête sanglante d’Avidius Cassius.

Je détachais enfin les yeux du trophée morbide et remontait jusqu’au centurion Julius Sentencius. Un homme capable de décapiter froidement son supérieur, un homme capable d’assassiner celui qui l’avait mis là où il était, un homme capable de trahir l’un des plus grands vainqueurs en Orient, cet homme là, quel que soit son courage ou ses motivations, n’avait plus grand-chose d’humain.


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Le général Avidius Cassius, Empereur pendant 3 mois
avant d'être décapité par un centurion un tantinet énervé...



Alors que Commode laissait percer un sourire, je sortais de la pièce avec la furieuse envie de vomir, sous le regard glacial de Schnickeon. Me mettant à courir dans les couloirs, j’essayais vainement d’échapper au rire tonitruant qui sortait de la pièce, un rire d’une rare indécence, le rire d’un maniaque en pleine extase, annonçant la fin d’un siècle de Raison.

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : ven. mai 02, 2008 2:00 pm
par Elvis
Brr, fait froid dans le dos ce Julius Sentencius...

Je me demande si il faut l'avoir comme ami, ou comme ennemi....

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : ven. mai 02, 2008 7:39 pm
par mad
Je ne sais pas, l'homme est en tout cas étonnant :

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:chicos:

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : mer. mai 07, 2008 11:17 pm
par mad
Chapitre 7 : Où Otto Grandpieos resiste (presque) au chantage


Le meurtre d’Avidius Cassius eut différentes conséquences immédiates, certaines concernant son meurtrier, Julius Sentencius, d’autres ayant trait à l’impératrice Faustine.
Cette dernière, dont la rudesse du voyage semblait déjà avoir amoindri la résistance, n’était plus que l’ombre d’elle-même depuis la disparition brutale du général rebelle.
L’attirance qu’elle avait développée chez moi, avait cessé du jour au lendemain, Faustine ne me faisant plus appeler que lorsque la fatigue la clouait dans sa litière. N’auraient été les ordres donnés par Marc Aurèle, elle aurait certainement évité tout recours à un médecin, surtout moi, qui connaissait désormais ses lourds secrets.

Dans le même temps – et ce fut la première fois que je vis Marc Aurèle faire un faux pas – le centurion Sentencius, maintenant directement rattaché à l’une des légions qui accompagnait notre équipage, s’était vu confier une mission de première importance par l’Empereur. C’est dans le plus grand secret qu’il quitta le lent cheminement de notre colonne, avec comme objectif Alexandrie. Si je ne savais pas vraiment de quoi il pouvait en retourner, Faustine eut tout le loisir d’échafauder des théories sur ce départ.
Je venais la visiter chaque matin afin de m’enquérir de sa santé, espérant la sortir de cette mélancolie dans laquelle elle s’enfermait un peu plus chaque jour. Le mutisme dont elle faisait preuve à mon égard, me reprochant ainsi les confidences qu’elle m’avait faites de son propre chef quelques semaines plus tôt, n’arrangeait pas la situation. Le bruit se répandit que même le médecin impérial ne pouvait plus grand-chose pour Faustine.

C’était bien sur là une des manœuvres de l’odieux Schnickeon, qui ne trouvait du plaisir que dans l’élaboration des complots les plus sordides, et excellait à jouer les corbeaux lançant les rumeurs les plus néfastes. C’était un fait, depuis quelques temps il me collait aux basques, ayant certainement supputé ce qui s’était déroulé avec l’impératrice. La mouche n’aime rien tant que de passer son temps à voleter dans le fumier, et ce Schnickeon se révélait le pire des parasites qui soit.
L’une des dernières visites que je fis auprès de Faustine fut certainement la pire que j’eus à endurer durant toute ma carrière. Nous nous étions arrêté à Halala, à proximité de la Syrie, et Marc Aurèle organisait le retour d’une grande partie des troupes qui l’avaient accompagné depuis les rives du Danube.

Craignant qu’au bout de quelques mois d’absence, les tribus des Quades et des Marcomans ne s’enhardissent et n’envahissent de nouveau le nord du Latium, les 4 légions devaient repartir pour la Germanie, tandis que lui-même ne comptait garder qu’un équipage plus clairsemé, mais tout aussi imposant, avec des légionnaires prélevés sur les légions de Syrie et de Cappadoce. La rébellion d’Avidius Cassius s’étant terminé assez rapidement, Marc Aurèle voulait mettre à profit sa présence en Asie pour y visiter les provinces de Syrie, d’Egypte, puis enfin la Grèce avant de revenir à Rome. L’Empereur n’y avait plus mis les pieds depuis 6 ans.


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Un petit village d'irréductibles Germains résistant, encore et toujours, à l'envahisseur


C’est dans la demeure d’un notable de la ville que Faustine s’était installée, le temps que les affaires courantes soient traitées par l’empereur. Quand je rentrais dans sa chambre, je trouvais une pièce dévastée, les soieries recouvrant le lit déchirées et jetées dans un angle, et les miroirs qu’aimait à installer Faustine autour d’elle pour la plupart brisés. Un des éclats reposait dans la main de Faustine, ensanglanté, et l’impératrice éclata soudain en sanglots, se livrant pour une dernière fois. Elle ne pouvait pas, elle n’y arrivait pas, se donner la mort était trop lui demander. A voir l’estafilade qu’elle portait sur le poignet, ce n’était pas la résolution qui lui manquait, aussi j’appelais aussitôt quelques serviteurs afin qu’ils enlèvent tout ce qui aurait pu blesser Faustine. Je sais maintenant que l’un d’eux rapporta tout à Schnickeon, qui fut ainsi au courant de la partie la plus sordide de l’entretien.

Faustine était à bout, elle savait parfaitement ce que Sentencius était allé faire à Alexandrie : en finir avec le complot d’Avidius Cassius, extirper les racines du mal, dévoiler toutes les connections ayant aboutit à la rébellion. Les messages envoyés par Faustine à Avidius étaient nombreux, tous des documents plus compromettants les uns que les autres, écrits de la main même de l’impératrice, demandant à Avidius de prendre le pouvoir.

Avoir un mari philosophe est une chose, mais quand celui-ci est également empereur, il y a peu de chances qu’il regarde tout cela en stoïcien et arrive à faire la part des choses. Pour la survie de Rome et de l’Empire, Faustine serait certainement sacrifiée, comme tant d’autres l’avaient été avant elles. Répudiée, isolée sur un rocher de la méditerranée comme l’avait été la propre fille d’Auguste ou, pire, égorgée dans une prison comme Messaline, la femme de Claude, l’avenir – si Faustine en avait encore un – semblait des plus sombres.


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La petite ville d'Halala, où l'on végéte. Sympa, les provinces romaines! Engagez vous, qu'ils disaient...


Aussi, chose incroyable, Faustine me demanda de l’aider, si j’avais un tant soit peu de compassion pour elle. Moi, un médecin des plus renommés, je devais certainement connaître également la science des femmes, le coté sombre des plantes, bref l’art de l’empoisonnement ! Et il est vrai que connaissant la plupart des antidotes aux poisons qu’il m’était arrivé de rencontrer, je connaissais aussi la composition de ces mêmes poisons. Je sursautais à cette demande qui hérissait tout en moi, se dressait contre tout ce que j’avais chéri, tout ce que je m’étais promis en quittant la Grèce. J’étais devenu médecin pour soigner et non pour emporter des vies, et même la compassion pouvait difficilement venir à bout de cette certitude. Alors que je refusais, encore sous le choc, Faustine changeait de tactique, utilisant la raison, puis le charme, avant d’essayer les menaces, promettant qu’elle révélerait tout de notre liaison à son mari. Tout se révoltait en moi, et l’envie de gifler la première dame de l’empire devenant trop forte, je quittais la pièce, sous une nuée d’imprécations ayant trait à ma virilité et à l’intelligence de ma descendance.

Les deux jours qui suivirent, je ne pus qu’observer le délabrement qui semblait affliger Faustine, ses tremblements qu’elle n’essayait même plus de camoufler et que la Cour mettait sur le compte d’une fatigue extrême. J’étais moi-même extrêmement partagé, me raccrochant au serment que j’avais prêté visant à aider tout malade, tout en voyant cette femme autrefois désirable tomber dans le crépuscule de sa vie. Le coup de grâce vint au terme de ces deux jours, quand une rumeur venant du sud nous apprit la mort brutale d’un des fils de Cassius Avidius, Avidius Maecianus. Le jeune homme exerçait la fonction d’iuriducus à Alexandrie, plus ou moins un Préfet d’Egypte. La rumeur insistait également sur la sauvagerie de l’assassin, un centurion gainé dans son uniforme et dont quelques témoins avaient pu deviner, avant de s’enfuir comme des moineaux affolés, les cicatrices qui lui barraient le visage.
Contrairement à sa parole, Marc Aurèle avait donc décidé de s’en prendre à la famille du général, renouant avec des habitudes d’un autre temps. Je fus profondément attristé par ce comportement qui tranchait avec l’empereur philosophe pour qui j’éprouvais le plus grand respect, et encore plus en voyant l’état de Faustine. Il faut croire que le besoin de survie était chez elle assez fort, et pourtant elle attendait le retour de Julius Sentencius qui, après le meurtre du fils Cassius, ne manquerait pas de ramener les documents qui l’incriminerait.


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Au fin fond de la Mauritanie ou dans les marais du Nil, Sentencius honore toujours ses contrats...


Je me mis alors à penser aux poisons que je connaissais, des simples champignons aux décoctions plus élaborées que je devais exclure, comme le curare, qui nécessitait une piqûre intramusculaire pour pouvoir agir. Restaient la ciguë, la muscarine tirée de l’amanite tue-mouches, certains composés tirés de la macération de la rhubarbe et des épinards et qui pouvaient, à forte dose et au bout d’un long moment, provoquer la mort par perforation gastrique, l’aconitine, un poison utilisé au-delà de l’Indus et dont les plants se trouvaient facilement dans certaines montagnes, même si je n’en avait jamais vu jusque là, et enfin la belladone, bien sur. J’écartais cette dernière du fait de caractéristiques trop révélatrices (pupilles dilatées, plaques rouge sur le torse), ainsi que la plupart des poisons que je n’aurais pu concevoir au vu des plantes que l’on pouvait trouver dans la région.

Restait la ciguë, le poison utilisé par Socrate, que je pouvais facilement mettre au point et qui pouvait agir assez vite. Mélangée à de la datura afin de provoquer une paralysie respiratoire provoquant une mort presque instantanée, et à de l’opium afin d’entraîner la somnolence et éviter des spasmes trop violents, j’avais là un poison extrêmement rapide, mais qui ne ferait pas souffrir inutilement Faustine – et ne laisserait pas de marques. Je disposais déjà d’opium, utilisé parfois pour ses vertus narcotiques, et de datura, je mis néanmoins quelques heures pour trouver enfin de la ciguë à l’ombre de buissons. La plante, avec son odeur pestilentielle rappelant l’urine de chat, était facilement reconnaissable.


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Socrate buvant stoiquement la cigue: "Farpaitement, ce pinard, c'est du Burdigala,
ou alors à la rigueur un Côtes de Lugdunum ! Hips.."



Je passais l’après midi a préparer la mixture, et obtenait un résultat que j’estimais convainquant. Un instant, je pensais à essayer la mixture sur un quelconque animal, avant de me rendre compte dans quelle voie je m’étais fourvoyée. Quelle que soit ma pitié pour Faustine, il m’était impossible de l’empoisonner, même si c’était là son vœu le plus cher. Aussi je pris la décoction et la vidait dans un petit réceptacle de nacre que m’avait offert ma femme un peu après notre mariage. J’enfouissais le tout parmi mes affaires, encore effondré à l’idée de ce que j’avais faillis faire. Coupable, je le fus plus encore par la suite.

Après une soirée que j’arrosais un peu trop, enfin vidé des pensées qui obscurcissaient mon esprit depuis des semaines, je tombais dans un sommeil profond, dont je fus sorti le lendemain par les cris qui agitaient le camp et des lamentations de bonnes femmes. Alors que me parvenait l’écho de la mort de Faustine, dont les serviteurs avaient retrouvé le corps sans vie au petit matin dans sa chambre, j’ouvrais de grands yeux, encore embués par l’alcool, sur la petite tablette à proximité de mon lit. Me narguant presque, posé à côté de son couvercle, s’y trouvait le petit récipient en nacre. Vide.

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 08, 2008 10:38 am
par griffon
mon Dieu ! :shock: :shock:

cet AAR est un voyage dans les tréfonds de l'ame humaine ! :ko:

pour la semaine prochaine vous m'analyserez cet extrait du texte

"Avoir un mari philosophe est une chose, mais quand celui-ci est également empereur, il y a peu de chances qu’il regarde tout cela en stoïcien et arrive à faire la part des choses"

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 08, 2008 10:45 am
par mad
griffon a écrit :mon Dieu ! :shock: :shock:

cet AAR est un voyage dans les tréfonds de l'ame humaine ! :ko:

pour la semaine prochaine vous m'analyserez cet extrait du texte

"Avoir un mari philosophe est une chose, mais quand celui-ci est également empereur, il y a peu de chances qu’il regarde tout cela en stoïcien et arrive à faire la part des choses"
:lolmdr:
Vous avez 4 heures, vous pourrez demander des feuilles de brouillon à votre surveillant, Griffon Pertinax.

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 08, 2008 10:59 am
par jmlo
Va vraiment falloir la faire cette rencontre Griffon-Mad ça devrai être qq chose !

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 08, 2008 8:02 pm
par Elvis
Vraiment bien écrit....

Mad, tu ne serais pas un des anciens nègres de Paul Loup Sulitzer ?

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : jeu. mai 08, 2008 9:45 pm
par mad
Arghhh, tu penses donc à ça ?

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Rien que cette seule couverture me terrifie :lolmdr:

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : dim. mai 25, 2008 11:08 pm
par mad
Chapitre 8 : Des aventures d'Otto Grandpieos et de son mulet à Alexandrie, et de savoir qui est l'âne


J’avançais, hébété, au sein de la colonne désormais réduite qui avait pénétré en Egypte. J’avais quitté ma litière, préférant avancer à la cadence des soldats, rassuré par ce mimétisme qui m’évitait ainsi de trop m’appesantir sur ce qui s’était déroulé auparavant.
Le décès de Faustine avait plongé l’empereur dans un désarroi que je lui avais rarement connu. Affligé par un chagrin indéniable, il avait aussitôt modifié le nom de la ville où elle s’était éteinte, Halala, en Faustinopolis. Des courriers étaient partis à destination du Sénat de Rome, Marc Aurèle demandant à la noble assemblée de respecter un deuil impérial pour la disparition de Faustine et, mieux, de la diviniser. Des monnaies furent frappées à l’effigie de Faustine, une statue et un temple élevés en son honneur, et l’empereur consacra une partie de ses Pensées qu’il écrivait depuis des années à celle qui fut, pensait-il, une femme aimante.
Agée de 46 ans, ayant donné naissance à 13 enfants, sans compter la maladie qui l’avait particulièrement diminué lors du voyage en Asie et l’avait poussé à des gestes incompréhensibles, Faustine était, pour tous, morte d’épuisement.
Etais-je le seul à connaître une partie de la vérité ?

Il suffisait que je sorte des plis de ma toge le petit réceptacle de nacre finement ciselé pour que le doute, la honte et la culpabilité m’assaillent, moi, le médecin impérial, celui qui avait concocté le poison ayant emporté Faustine. Avais-je, à la suite de mon enivrement, apporté le poison à Faustine ? Avait-elle envoyé une servante chercher le poison, lui affirmant qu’il s’agissait d’une simple décoction pour atténuer ses maux de tête ? Etait-elle venue en personne pour chercher, fouiller et trouver le récipient que j’avais grossièrement caché sous une pile de linges ? Les souvenirs de la nuit en question étaient enfouis sous un voile que je n’arrivais pas à déchirer.


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De ce côté du Nil, la zone. De l'autre, l'El Dorado ...


Je fus détourné de ces sombres pensées lorsque nous entrâmes enfin à Alexandrie, après une expédition qui avait débuté plusieurs mois auparavant. Les soldats qui nous accompagnaient n’étaient plus les mêmes que ceux qui avaient pris part au début de l’expédition, il s’agissait désormais de légions orientales et, parmi elles, la légion qu’avait commandé le général Avidius Cassius avant que sa tête ne soit emportée par le glaive de son centurion Julius Sentencius.
Je craignais d’ailleurs, sans réelle raison certes, de retomber sur le centurion mais les rumeurs qui courraient dans la ville m’informèrent rapidement de son départ pour la Maurétanie. Après l’assassinat de l’un des fils de Cassius, ici même, j’imaginais sans trop de difficultés quelle était désormais la nouvelle tâche de Sentencius : certainement éradiquer la famille du général rebelle, comme au temps des proscriptions ou lors des luttes d’influences entre plusieurs prétendants au trône. La promesse qu’avait faite Marc Aurèle de ne pas faire retomber sur les fils du général les fautes de leur père semblait donc purement formelle, ce qui me choqua particulièrement venant d’un empereur pourtant si vertueux.

Les fastes légèrement surannés d’Alexandrie m’égayèrent donc l’esprit et me firent croire, pendant quelques semaines encore, que rien n’avait changé, ni la Cour, ni l’Empereur, ni moi-même. J’accédais à la prodigieuse Bibliothèque de la ville, me jetant à corps perdu dans quelques précieux rouleaux écrits par les plus savants des médecins grecs, dont les connaissances pourtant vieilles de plusieurs siècles constituaient encore un trésor inestimable.
La Bibliothèque n’avait plus le lustre qu’on lui prêtait d’antan, le nombre de manuscrits avait diminué dans des proportions inquiétantes depuis plusieurs décennies. A la mort de Pompée déjà, deux siècles et demie plus tôt, les batailles de rues qui avaient opposé les troupes de Jules César à celle du jeune roi Ptolémée avaient provoqué un vaste incendie qui, ayant épargné la Bibliothèque, n’en ravagea pas moins l’un des entrepôts contenant plusieurs milliers d’ouvrages. L’avènement de l’Empire et d’une Rome toute puissante avait porté un coup tout aussi important à l’édifice, dont le contenu avait été petit à petit été éparpillé dans les grandes propriétés du Latium. Ce que je pouvais encore contempler était néanmoins assez fabuleux pour me donner une idée de ce qu’avait pu être la ville avant l’arrivée des Romains.


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la Grande Bibliothéque, ou le Royaume de la raison


Deux grandes artères se coupaient perpendiculairement, partageant ainsi la ville en plusieurs îlots grouillant de vie, les plus âgés se prélassant au soleil tandis que les plus jeunes nous courraient après, afin d’obtenir quelques pièces. A l’extrémité nord, l’œil se détachait instinctivement de la Mer pour venir se poser sur le Phare, qui s’accrochait au ciel avec ses 300 pieds et quelques d’altitude. Plus bas dans la ville, une hauteur qui ne devait rien à la nature arrêtait encore notre regard, un étrange tumulus surplombé d’un ancien temple qui n’avait rien perdu de sa superbe : le Sôma, où reposait le corps d’Alexandre le Grand.


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Entrer seul ici et tailler une bavette avec la momie Alexandre ? J'ose, j'ose pas ?


La réalité me rattrapa un soir, alors que je revenais de deux jours passés au sud de la ville. Marc Aurèle n’ayant pas montré une quelconque volonté de visiter le tombeau d’Alexandre – ce qui me privait moi-même de cette visite, réservée aux plus grands et leur entourage – j’avais mis à profit mon temps libre pour aller observer les autres splendeur d’Egypte, les pyramides. Alors que nous revenions à Alexandrie, le guide qui tenait le licou de mon mulet accéléra soudainement, et en quelques instants, je le perdais de vue dans le dédale de rue qui quadrillait la partie populeuse de la ville. Alors que j’hésitais sur le chemin à suivre pour rejoindre le palais que nous occupions, j’entrevoyais une ombre bouger derrière mon épaule. Je me retournais, mais trop tard, le temps de sentir une extraordinaire douleur me vriller la tête. Je dû certainement me blesser en tombant de mulet, puisqu’à mon réveil, des courbatures me déchirèrent le dos, me faisant un instant oublier la douleur qui tenaillait mes tempes.


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Et meeeeerde ! Paumé à minuit dans une ville étrangére, et je n'ai même pas ma Romanan Express gold sur moi...


J’étais dans une pièce de dimension modeste, les murs étaient de ceux qu’on trouvait dans la plupart des habitations d’Alexandrie, et je devinais ainsi rapidement me trouver encore dans la ville malgré l’absence d’ouvertures sur l’extérieur. Un homme de grande taille se tenait devant la seule porte de la pièce, m’empêchant ainsi toute solution de repli. Il resta sourd à mes questions, qui se transformèrent rapidement en lamentations, tandis que je voyais ma situation se délabrer rapidement.
D’un simple rapt contre rançon, qui était monnaie courante dans la région, surtout quand la cible était un riche représentant de l’ordre romain, je passais ensuite au complot ourdi par des indépendantistes égyptiens, avant de m’arrêter sur l’idée d’un enlèvement par une quelconque secte de l’ordre lunaire, qui aurait décidé de sacrifier un médecin grec en l’application d’obscurs rites orientaux.

J’en étais là de mes funestes pensées, quand un homme encapuchonné entra dans la pièce. L’homme qui jusque là gardait l’accès à la porte se rapprocha de moi, certainement pour m’empêcher toute action contre le nouvel arrivant, ce dont j’aurais été bien incapable vu ce qu’avait du endurer mon pauvre corps depuis que j’étais tombé de mulet.

Si le manteau élimé qui cachait le visage du visiteur ne me disait rien, les pans de toge que je pu distinguer en dessous lorsqu’il y enfouit ses mains pour chercher quelque chose me renseigna grandement sur la personne que j’avais en face de moi. Certainement un Romain, ou alors un Levantin, et la qualité de la toge me faisait penser à un notable, sinon mieux. L’idée du sacrifice à l’ordre lunaire s’évanouit un peu, et je baignais mes lèvres de salive, peut être dans l’idée de hausser la voix et d’intimider celui qui avait apparemment organisé mon enlèvement, quand ce qu’il déposa sur la table qui nous séparait me fit perdre tout moyen : un petit récipient en nacre qui ne m’était pas inconnu, avec sa fêlure caractéristique sur le côté qui datait de 2 ou 3 années, quand je l‘avais accidentellement fait tomber sur un sol en marbre.

L’homme déposa également plusieurs documents à côté, et quand je pus enfin détacher le regard de la petite fiole qui avait contenu du poison, je reconnu l’écriture de Faustine. Je saisissais le premier feuillet, le lisant en transversale jusqu’à ce qu’une phrase ma fasse tiquer. C’était de moi dont elle parlait, ce médecin devenu une source de confiance et qui lui dévoilait tout sur l’état de santé de son mari, Marc Aurèle ! Je descendais jusqu’au bas de la lettre, pour comprendre que celui à qui s’adressait la missive devait certainement être le général Cassius.

La lettre d’une morte empoisonnée à destination d’un mort décapité, et qui glosait sur la santé d’un empereur cocufié par son médecin … Malgré ma situation périlleuse, j’éclatais de rire, tant tout cela me pendait au bout du nez depuis des mois. Comment faire comprendre à Marc Aurèle l’enchaînement fatal qui avait aboutit, par mon truchement, à la rébellion di meilleur général d’Orient et au décès de Faustine ?

Oh, bien sur, j’aurais pu trouver une oreille compréhensive chez l’empereur, je n’en doute pas, ou du moins les choses seraient allées à leur terme, plus rapidement que ce ne fut le cas. Mais la compréhension soudaine que je venais d’avoir, la certitude, enfin, que je n’étais pour rien – du moins directement - dans le suicide de Faustine, tout cela, alors même que je savais avant même qu’il se découvre qui était l’homme en face de moi, le soulagement mélangé à l’horreur de la situation qui était maintenant la mienne me faisait étouffer d’un rire nerveux, grotesque, et c’est dans une quinte de toux que je balançais à mon visiteur :

"- Proxenete ne te suffisait pas, maintenant tu en viens à supprimer une pute impériale ?"

Tout en ôtant son manteau et me dévoilant ainsi son visage, Schnickeon me fusillait de son regard de hyène.

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : lun. mai 26, 2008 4:37 pm
par Otto Granpieds
Mais que fait ici mon ancêtre... :gne:
"Tu quoque, mi amice" :loose:

Re: AAR Imperium Romanum

Posté : lun. mai 26, 2008 7:37 pm
par griffon
trop d'intervalle entre deux pages du feuilleton

j'ai oublié le début et je suis obligé de reprendre la lecture au commencement

pour tout comprendre !

pour bien faire je crois qu'il me faut meme

relire celui de l'année dernière ! :sad:

mais si c'est pénible c'est bon quand meme !