La capitulation de la Courlande était un évènement que tout le monde attendait, elle ne surprit personne. Pas plus que la mise en place d'une administration centralisée dans ce petit pays qui somme toute était parfait pour arrondir le royaume prussien. Une population germanophone en majeure partie, protestante, riche, assez urbanisée. Que vouloir de plus? Frédéric Ier avait acquis là des terres inestimables.

Rien que l'industrie du bois des forêts Tukums, que de rentrées d'argent! Les collecteurs d'impôts n'ont pas été longs à y envoyer leurs hommes, malgré la menace de descentes d'unités isolées venant de Lithuanie. Le Royaume de Suède bordait la ville de Jelgava (promptement renommée Mitau), et son voisinage se profilait comme empreint du moins de bon vouloir, sinon d'amitié. Les querelles du siècle précédent étaient oubliées depuis que la Suède avait perdu son aspiration de grande puissance. L'élément unificateur des deux états, puissances régionales, se trouvait dans la religion commune. De plus, aucun contentieux territorial ne troublait les échanges diplomatiques.
Les longues tractations avec les République des Deux Nations furent au final couronnées de succès pour les diplomates prussiens. La Pologne-Lithuanie reconaissait la perte des parties de son territoire qui étaient occupées, versait une petite somme d'argent pour compenser les coûts de la guerre pour la Prusse, et livrait les plans d'une innovation gardée jalousement à l'université de Cracovie. La paix revenait en terre prussienne, accompagnée des meilleurs auspices. Le grand concurrent polonais avait été forcé à souscrire à un traité lui ôtant toute grandeur. Abandonnée par tous ses voisins et sans armée quelque peu nombreuse après les batailles désastreuses contre les généraux prussiens, il ne lui restait que la soumission. Elle fut amère.

La noblesse polonaise n'était pas prête à se soumettre sans combat. Certaines familles émigrèrent, d'autres mobilisaient leur puissance politique pour saboter les entreprises du roi. L'ambiance était détestable dans les "nouveaux territoires". Pour pacifier la région, Frédéric Ier s'appuyait sur son armée, mais elle s'avéra incapable de résoudre ce problème seul. La mort dans l'âme, une exemption d'impôts pour toute la Masovie fut octroyée. La population jubilait! Plus par la joie d'avoir appauvri Frédéric Ier que celle de vivre sous son règne d'ailleurs.


Les complots s'amplifiaient à vue d'oeil, les paysans tournaient le dos à la vue du moindre Prussien en leurs terres, certains s'enhardissaient à cracher à leur passage. Si la République ne pouvait plus les protéger, ne fallait-il pas chercher un nouveau protecteur? Quoi de plus évident que la grande puissance catholique voisine, la gigantesque monarchie des Habsbourgs? Leopold de Habsbourg était très mécontent de l'expansion prussienne. Il vociférait contre le soufflet que représentait pour lui le traité de paix signé. Il n'avait même pas été consulté! Pouvait-il se réjouir d'avoir des protestants à ses frontières? Il ne fallut pas longtemps pour le convaincre d'entrer en guerre. Aucune armée n'était prête, mais les Prussiens étaient à ses yeux des petits joueurs. Un nouveau conflit s'apprétait à fondre sur l'Europe Centrale.