
Il était temps. Si nous avions retiré la Sicile à Carthage lors d'une guerre sans concession, les carthaginois avaient su affirmer leur emprise sur leur arrière pays et sur l'Espagne, forgeant en trente ans un nouvel empire. Rome ne pouvait plus souffrir qu'une telle menace pèse sur son hégémonie.
Un ami et moi même nous sommes lancés dans une partie d'Hannibal, un formidable Card-driven (la stratégie est à composer avec des cartes) qui propose de rejouer la seconde guerre punique. Je joue pour une fois le camp romain.
La guerre semblait bien partie : le contrôle de la Méditerranée nous était entièrement acquis et nos ressources en hommes étaient bien supérieures à celles de Carthage. La guerre commença drôlement. Via des émissaires, nous avons tenté d'affirmer notre influence dans le nord du monde ibère, qui échappait encore au contrôle carthaginois. Mais alors qu'Hannibal fonçait en Gaule avec une énorme armée, Hasdrubal prenait son temps afin de saper nos appuis en Espagne et s'assurer le contrôle politique de toute la péninsule.
Nous nous attendions à voir Hannibal passer les Alpes le plus rapidement possible. Nous avons ordonné à nos légions de l'attendre au pied des cols. Mais selon nos renseignements, il prit le temps de faire le siège de Massilia (Marseille) afin d'assurer ses arrières. Si nous n'avons rien pu faire pour défendre la ville, nos hommes en ont profité pour se lancer à l'assaut des tribus favorables à Carthage en Gaule Cisalpine. Il était de nécessaire de lui retirer ses « havres » au nord de l'Italie. Malheureusement, nos missions de « pacification » piétinèrent, et nous avons du nous retirer à l'approche d'Hannibal.

Le jeu propose une système assez proche de la réalité historique : les romains recrutent des légions très aisément, alors que Carthage peut compter sur Hannibal : le meilleur stratège et tacticien du jeu, ce qui est aussi voire plus important que le nombre de troupes. Vers la moitié du jeu, Scipion l'Africain arrive en jeu, permettant aux romains de posséder enfin un général intéressant. Je cherche pour l'instant à gagner du temps donc.
Nous stockons alors en Etrurie les plus grandes armées que Rome n'ai jamais connues. Le Sénat élit malheureusement cette année là deux consuls assez mauvais stratège. Nous nommons pour équilibrer ce fait Caïus Néron au poste de proconsul, car s'il n'est pas brillant sur un champs de bataille, il sait mener ses hommes. Hannibal profite de cette faiblesse dans le commandement pour passer les cols et fondre sur l'Italie. Il ballait les armées qu'on lui oppose sans vraiment de difficultés, certains fédérés commencent à faire défection et nous lâchent. A Rome, c'est la panique. Mais le Sénat garde son sang-froid et décide de ne pas agir avec empressement : il prend la décision d'envoyer Néron avec cinq légions au sud de l'Espagne, en Bétique, afin de saper les bases de leur empire, avec le secret espoir de voir Hannibal faire demi-tour.

Mais c'est Hasdrubal qui rentre en Espagne repousser nos troupes à la mer. Après une première défaite, nous envoyons des renforts, et dix légions traversent la méditerranée. Hasdrubal est renversé, la Bétique tombe sous notre coupe et mettons le siège devant la Nouvelle Carthage. Carthage arme des navires et tente de débarquer des phalanges africaines en Espagne, en vain : la première tentative est repoussée par nos flotte, la seconde est coulée.
Pour information, les mers sont contrôlées par les romains, les Carthaginois doivent donc faire des tests pour chaque mouvement naval : divers modificateurs entrent en compte (selon les ports de départ et d'arrivée, si Philippe de Macédoine soutient Carthage ou non, etc.) La traversée échouait sur un 5 (sur un dé de 6) et était coulée sur un 6, il n'a pas eu vraiment de chance.
Alors que nous pensions voir Hannibal faire demi-tour, il fonce sur Rome ! Nos sénateurs pensaient qu'il n'oserait jamais s'en prendre à Rome même et aucun consul n'était présent. Nos troupes présentes ont subies une large défaite et se sont retirées dans la ville. Hannibal a posé le siège devant la ville. « Les romains, meilleurs poliorcètes que les carthaginois » : il semble que ce soit de la propagande de guerre ! Alors que le siège de la petite cité de Nouvelle Carthage durait depuis deux ans, Hannibal a presque réussi à faire tomber Rome en un an !
Là, ça craignait grave, je pensais avoir le temps avant de voir les murs de Rome tomber, mais mon adversaire a fait de superbes jets de dés, me collant deux points sièges (à trois, la ville tombe et la partie est finie pour moi). Parallèlement, il réussit ses jets d'attrition et ne perd pas d'homme malgré le fait qu'il est en territoire ennemi. Par chance, le tour qui suit voit arriver Scipion l'Africain, mon seul espoir.
L'année suivante, un homme sort des rangs du sénat et se démarque : Scipion l'Africain. Issu des riches familles foncières de Rome, il ne perd pas espoir et réussit à réunir cinq légions dont il prend le commandement. Nous lui accordons le titre de proconsul au vu de la situation catastrophique. Il marche sur Hannibal et nos légions dans Rome sortent pour réussir un parfaite jonction. Des espions sont infiltrés dans le camp d'Hannibal, mais l'avantage tiré est maigre. Le suspens est à son comble et Hannibal perd la bataille ! Nous pensons que la guerre est terminée, à tord, il se retire chez des barbares lucaniens acquis à sa cause, les traites !

Les années qui suivent, nous évitons soigneusement d'aller à sa rencontre : nous avions gagné cette bataille parce que nous nous trouvions à Rome même, mais rien n'indiquait que nous gagnerions une autre bataille. Le sénat refusait de dégarnir à nouveau Rome : nous y entassions les légions sous le commandement de Scipion et nous attendions la venue d'Hannibal.
Pendant ce temps, les efforts de Néron furent formidable : il fit tomber toute l'Espagne (sauf le Nord) sous notre influence ! Les légions servent plus encore en diplomatie qu'en bataille, tous ces peuples peureux et sans ambitions changèrent de camps et stoppèrent leurs envois de troupes à Carthage. Privé d'une bonne partie de ses renforts, nous espérions asphyxier Hannibal.

Il faut préciser que Rome forme cinq légion par an, quoi qu'il arrive, alors que Carthage forme une unité par an (plus une unité qui rejoint un général par recrutement local) et l'Espagne forme deux unité. Avec la perte de l'Espagne, mon adversaire ne recrutait plus que deux unités au lieu de quatre (évènements spéciaux mis à part).
Asphyxier Hannibal ? Quelle erreur ! Privé de renforts, il entreprit de convaincre les peuples italiens de le soutenir face à Rome, de les « libérer » ! Nous n'y croyons pas, notre emprise ne pouvait s'effondrer aussi facilement, et pourtant ! Doucement, il convainquit les lucaniens, puis les apuliens.. il se promenait comme bon lui semblait en Italie, faisant tomber notre fédération comme un château de carte. Il était temps de réagir. Il fallait attaquer Carthage avant qu'il ne soit trop tard !

Mais comment s'y prendre ? Néron proposa de copier Hannibal : de faire tomber ses alliés les uns après les autres.Grâce à un peu de propagande de notre part, les numides orientaux décidèrent de se libérer du joug de Carthage. Néron passa de l'Espagne à Afrique afin de les convaincre de nous soutenir, avec succès. La Numidie occidentale suivit peu de temps après. La formidable armée de Carthage marcha sur Néron et malgré le soutien des Numides, le renversa. Paulus débarqua lors d'une grande campagne dix légions en Afrique, et les carthaginois furent repoussés.

Pour information, le contrôle politique joue une importance première dans le jeu, mais sert également dans les batailles. Chaque province allié apporte son soutien dans une certaine zone géographique. Ainsi, les deux Numidies acquises à ma cause m'apportaient l'équivalant de quatre armée lorsqu'une bataille avait lieu en Afrique.
Mais alors que Néron pose le siège devant Carthage (enfin !). Le siège s'enlise une fois de plus, nous perdons quatre légions dans les divers assauts et avec l'attrition. Pendant ce temps, Hannibal réussit le tour de force de convaincre Syracuse et Capoue de le soutenir ! Il prend ses deux villes par la diplomatie, sans perdre un seul homme. Suite à ça, il envoie des troupes depuis l'Italie libérer Carthage : la prise de Syracuse et le soutien que la Macédoine apporte à Carthage nous a privé de notre hégémonie maritime. La fin de la guerre se dessine, mais elle est bien incertaine.

Nous arrivons au dernier tour. Je n'ai plus le temps de recommencer un siège de Carthage. Il va donc falloir viser une victoire politique ! Il me faut posséder plus de province que mon adversaire. Je pense alors avoir un avantage : j'ai bien affirmé mon emprise sur les province que je possède, alors que le contrôle de Carthage en Italie est faible (il suffit que je renverse une seule localité dans chaque province pour en reprendre le contrôle).
Le sénat ordonne enfin à Scipion de sortir de Rome pour reprendre le contrôle politique de l'Italie et saper les bases d'Hannibal. Il suit les ordres dans un premier temps, puis décide d'attaquer Hannibal, non pas par désir de gloire, mais par calcul : une défaite militaire fait perdre des soutiens politiques. La bataille engagée est énorme : Scipion possède deux fois plus d'hommes qu'Hannibal, mais ses alliés de toute l'Italie le rejoignent, équilibrant la situation. La bataille va durer toute la journée, incertaine jusqu'au bout, mais finalement les dieux romains ont su nous protéger quand nous en avions besoin, et les carthaginois ont cédé. Nous les avons poursuivi dans leur retraite, afin de les décimer jusqu'au dernier, et enfin, Hannibal est tombé sous nos sabots, nous offrant la victoire !
Alors je précise : les batailles se jouent avec des cartes. On lance une attaque (frontale, de flanc, etc) que l'adversaire doit contrer. Nous n'avions presque plus de carte quand la bataille à la fin, et mon adversaire savait qu'à la prochaine carte, je ne pouvais plus contrer et je perdais la bataille. Malheureusement, tout s'est joué sur un jet de dé : alors qu'il reprenait l'initiative sur 1, 2, 3 ou 4, il a fait un 5, me permettant de jouer une fois de plus. Cette fois de plus m'offrait la victoire. Nous avons subies des pertes sur le champs de bataille, mais lors de son jet de retraite, il a complètement foiré, et a perdu toutes les troupes restantes, redoublant de malchance et perdant Hannibal, et donc, la partie.
Mon adversaire m'a montré ces cartes : il possédait de nombreuses options diplomatique en main pour me faire perdre d'ici la fin de la partie le contrôle de plusieurs provinces : Numidie, Sicile en autre. Si je n'avais pas gagné cette bataille (sur un jet de dé), j'aurais bel et bien perdu. Intéressante et délicate jusqu'au bout, cette partie fut très agréable face à un joueur de qualité. Ma principale erreur est de ne pas avoir osé l'attaquer souvent : j'aurais certes perdu de nombreuses batailles (et donc des soutiens politiques), mais j'aurais « usé » son armée, afin de profiter de ses problèmes de recrutements. Quant à lui, il n'aurait pas du déserter ainsi l'Espagne, qui est le talon d'Achille du monde carthaginois et plus utiliser Hannon en Afrique, qui certes coute cher à utiliser en cartes, mais qui possède un pouvoir très puissant.
A quand une petite troisième guerre punique en gardant les même camps
Ca faisait longtemps que je n'avais pas joué à ce jeu. Et il n'y a rien à faire, je l'adore. Les règles peuvent paraitre complexe, mais elles sont toujours logiques, les parties ressemblent toujours à a réalité historique, tout en s'en détachant assez pour être ludique, et le système de cartes est très agréable. Ca me donne envie d'essayer d'autres jeux sur le même système qui n'ont pas eu la chance de connaitre une traduction, comme Twilight Struggle (pour rejouer la guerre froide) par exemple.
Il conforte sa place dans mon TOP Jeux, au coté de la Guerre de l'Anneau, de Dune, et de Twilight Imperium





