Dossier Operation Republic:
La Novistranie est une république issue de l'ancienne URSS, enclavée entre la Russie, la Biélorussie et l'Ukraine. Faute de statistiques précises récentes, nous estimons sa superficie à 8700 km² et sa population à un million d'habitants répartis entre trois districts: Ekaterina, Pugachev et la capitale Berezina. La langue officielle du pays est le novistranien, un dialecte issu du russe et de l'allemand, la région ayant été historiquement une zone de colonisation. De facto, le russe est également parlé par la population. [...]
Peu après la prise de pouvoir de Lénine en Russie, les communistes novistraniens menés par Sergueï Simileonev, un proche de Staline, prirent le pouvoir et instaurèrent un régime de type soviétique qui fut rapidement rattaché à l'URSS comme république autonome. Simileonev restera au pouvoir jusqu'en 1956 avant d'être désavoué par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du Parti. Il est alors remplacé par le plus pragmatique Boris Lafritin. Celui-ci présidera le pays pendant trente ans avant que l'incident nucléaire de la centrale de Franconovia ne le pousse à faire son autocritique auprès du Praesidium le 26 Avril 1986. Les autorités bombardent alors l'actuel chef d'état Vassili Palpatinenko, un apparatchik du PCUS pur jus, champion des gérontocrates de Moscou. Palpatinenko échappa rapidement au contrôle de Gorbatchev durant la perestroïka et profita du putsch de Moscou pour se séparer définitivement de la Mère Russie en déclarant l'indépendance de la nouvelle République Populaire de Novistranie. [...]

Allocution du président Palpatinenko suite à la déclaration d'indépendance, Berezina, 24 Août 1991 (Archives de la Pravda)

Répression des manifestations contre le gouvernement Palpatinenko, Berezina, 7 Janvier 1992 (Archives du New York Times)

Josef Boudinov, Ekaterina, 1975 (Dossier de la CIA)
La déclaration d'indépendance de 1991 provoque la déchirure définitive du Parti Communiste Novistranien en trois mouvements: le courant palpatinien qui conserva le nom de PCN; le courant réformateur qui devint l'Union des Ouvriers Socialistes et le courant révolutionnaire qui se cristallisa autour de la personne de Boudinov en devenant le Parti Communiste Boudiste. Celui-ci a bon espoir de réaliser un score important dans son fief d'Ekaterina lors des élections de 1992 mais les émeutes de Janvier entraîneront leur annulation au profit du référendum confirmant Palpatinenko président à vie. Craignant pour sa sécurité et celle de sa famille après ces épisodes de violence, il décide de s'exiler en France où il s'installe dans la ville de Saint-Étienne. [...]
Le 25 Octobre 1995, les services secrets français nous transmettent un dossier dans lequel il est question de la reprise des activités politiques de Boudinov. Celui-ci a en effet, après deux années de silence radio total, effectué plusieurs voyages en Russie et rencontré diverses figures de la diaspora novistranienne de Moscou. Ce réveil semble corrélé à l'affaiblissement du régime palpatinien et la promulgation de la loi d'amnistie du 23 Février 1994 annulant les poursuites et condamnations contre les manifestants des émeutes de Janvier 1992, censée apaiser la communauté internationale qui s'apprêtait à voter une loi d'embargo aux Nations Unies. Selon nos dernières informations, Boudinov a loué par le biais d'un intermédiaire un appartement à Ekaterina et s'apprêterait à se rendre sur place pour réactiver clandestinement son ancien parti. Celui-ci est tombé en désuétude depuis l'exil de leur leader et ne constitue plus qu'un groupuscule microscopique. Néanmoins, la force de conviction et l'expérience politique de Boudinov, combinée aux pressions subies sur le régime de Vassili Palpatinenko, pourraient conduire à une escalade prompte vers la guerre civile ou le coup d'état. [...]
Par conséquent, la direction des opérations d'intelligence de la CIA en ex-URSS a décidée d'affecter l'agent William H. Locke à l'observation des événements à venir en Novistranie à compter du 1er Mars 1996. [...]

Annexe: Profil psychologique et idéologique de Josef Boudinov.
Moscou, 1er Mars 1996:
Cela faisait quelques heures que Boudinov avait débarqué à Domodedovo puis rejoint l'hôtel qui devait l'héberger avant le grand voyage du lendemain vers sa patrie. Il était songeur: Cela faisait bientôt cinq ans qu'il n'avait pas vu Ekaterina. Un frisson parcourut son échine alors qu'il se remémore les tragiques événements qui l'avait contraint à s'enfuir: Du sang, des larmes, des cris et un visage.


D'un geste rageur, il froissa en boule le journal et le jeta dans la poubelle la plus proche. Il se sentait seul contre tous. Plus tôt dans la journée, il avait emprunté ce journal à un badaud sirotant sa vodka dans un bar d'expatriés novistranais. Des épaves que l'espoir avait quitté en même temps qu'ils quittaient la mère patrie. Il n'y avait rien à en tirer, si ce n'est des nouvelles toutes plus démentes les unes que les autres. Un ouvrier lui avait raconté que Palpatinenko était de plus en plus fasciné par l'époque des Tsars et qu'on le surnommait "le Rosé" car "de tous les rouges, il était très certainement le plus blanc". Un bibliothécaire avait quant à lui entendu dire qu'il s'était invité à un cours d'Histoire à l'université de Berezina, habillé d'un uniforme similaire à celui de Nicolas II et qu'il s'était mit à faire chanter l'hymne impériale aux étudiants présents. Ainsi en étions-nous arrivé au point où Palpatinenko était prêt à rétablir l'ordre ancien de la servitude que la Révolution s'était efforcée de briser.
Mais Boudinov n'avait plus rien à perdre. Il était le dernier des siens à devoir être enterré et la seule chose qui lui restait était l'espoir fou de rétablir dans son pays le socialisme tel que Simileonev l'avait apporté: Celui de la Troisième Internationale, et ce par tous les moyens. Que Palpatinenko se prélasse dans ses dorures, qu'il fasse couler la graisse de ses mets de koulak sur son menton, mais qu'il sache également que demain...















