Chapter II: The Lie of a Father
Les Réserves de Craterside. Un semblant de magasin fourre-tout empreint d'une atmosphère particulière, mélangeant la puanteur de la chair de rataupe fraîche avec l'odeur éthérée de médicaments et autres substances chimiques plus ou moins louches. Une petite nature aurait aisément tourné de l'oeil. Deux personnes tenaient boutique: Moira Brown, l'allumée de service et un mercenaire silencieusement adossé contre un mur, faisant office de garde-fou à toute velléité de vol.
"Heey ! On m'a dit que vous êtes la personne qui avait quitté l'Abri ! Roh, ça fait longtemps qu'on en avait plus vu ! Dites, vous pourriez me racontez comment était la vie là-dedans ? Ca ferait une superbe préface pour mon livre !"
"Désolé, mais je ne veux plus avoir affaire à eux. Mon amie et moi-même sommes simplement venus acheter de l'équipement."
"Oh, je vois... Bah, ce sera mieux sans préface de toute manière. Qu'est ce que vous cherchez exactement ?"
"Une tenue plus discrète que nos combinaisons, quelque chose de bien résistant si possible."
"Eh bien vous avez de la chance, je viens de recevoir une fraîche livraison de tenue renforcée en cuir de brahmine ! Si vous voulez les essayer, allez à l'étage !"
La brahmine bicéphale est probablement l'animal le plus utile à l'humanité post-apocalyptique. On apprécie le goût de son lait et de sa chair brune comme sa peau utilisée aussi bien dans la confection de vêtements que d'armures. Vivante, c'est un excellent moyen de transport de marchandises et même, lorsque lâchées par troupeaux entiers, une arme de guerre redoutable. Le seul inconvénient (et pas des moindres): La brahmine pue la mort.
"Je suis prête... T'as l'air bien pensif."
"Il faut que j'aille parler à ce Moriarty, savoir où est passé mon père."
"Comme tu veux, mais sache que je n'ai plus envie de faire le moindre effort aujourd'hui. J'vais essayer de me dégoter un lit à la salle commune."
"Fais gaffe à tes fesses, ya un paquet de gens louches dans ce bled."
"T'en fais pas pour ça, j'ai de quoi les dissuader. On se retrouve dans la soirée... A toute à l'heure. Et n'oublie pas de payer Moira !"
"Oui oui, j'y penserais... A toute à l'heure."
Désormais seul, je régla la note auprès de Moira puis rejoignis le "Moriarty's Saloon", un troquet à la mine et fréquentation discutable. Ambiance sombre. Comme tenancier de bar, une goule s'énervant sur une radio visiblement défectueuse.
Les goules. Autrefois des humains, ceux qui n'ont pas eu la chance de mourir du feu nucléaire. Les mutations ont fait d'eux des êtes avec une espérance de vie plus que bicentenaire, mais leurs corps mutilés n'inspirent que dégoût, peur et haine auprès de nombreuses populations, rendant difficile la cohabitation avec les "peaux-lisse".
Le principal concerné ici se dénomme Gob. Un chic type malgré son allure de cadavre ambulant. Embarqué dans son histoire de dette qui l'a réduit à un statut de quasi-esclave de Moriarty, il a quitté Underworld, le refuge des goules de DC, pour Megaton. Il m'invite à prendre un verre en attendant l'arrivée du patron.
"Hey, le macchabée, pourquoi m'as-tu appelé encore ?"
"Ce jeune peau-lisse souhaite vous parler, patron. Il a besoin d'informations."
"Ahh... Voilà qui est intéressant..."
"Eh bien eh bien, une nouvelle tête dans mon saloon ! Bienvenue mon gars ! Je suis Colin Moriarty, si tu es à la recherche de gnôle ou de chatte, alors tu es au bon endroit ! Paye ta note, ne fous pas la merde et je peux t'assurer que nous nous entendrons bien."
"Mon nom est Sirius Locke, merci pour l'accueil. Je suis à la recherche d'informations au sujet de mon père, James Locke , un individu d'âge moyen... L'auriez-vous aperçu récemment ?"
"...Mon Dieu. C'est toi..? Ha ! Ce petit bonhomme a bien grandi dis-donc ! Eh bah, on peut dire que ça fait un bail..."
"On se connaît ?"
"Moi je te connais, oui. Mais je doute que tu te souviennes de ma personne en revanche. Et pour cause, c'était il y a... Dix-neuf ans ? Ouais, dix-neuf ans."
"Ca n'a aucun sens... Mon père et moi sommes nés dans l'Abri 101 !"
"Ahhh... Je vois, on t'a bourré le crâne avec leurs conneries. Longue vie au Superviseur ! Nés et morts dans l'Abri ! Quel naïf tu fais. Mais oui, ton père est passé par ici et nous avons discuté. Suffisamment pour savoir où il comptait se rendre."
"Abrégez, Moriarty..."
"Bien bien. Je veux bien te filer l'information, mais cela te coûtera cent capsules."
"Cent capsules pour une simple info ?!"
"C'est ça ou bien tu te démerdes autrement. Chaque chose à son prix ici."
Il était hors de question de gaspiller autant d'argent pour une information en laquelle je ne pourrais même pas avoir entièrement confiance, d'autant plus que les achats aux Réserves de Craterside ont considérablement allégé ma bourse. Déclinant en bloc la proposition de Moriarty, celui-ci me laissa en plan, ruminant seul au comptoir...
"Hey, peau-lisse..."
"Oui ?"
"J'ai entendu votre conversation avec le patron."
"Ah..? Vous savez quelque chose ? Gob, si vous avez ne serait-ce même qu'un indice..."
"Écoutez, je vous aime bien. Vous êtes bien sympathique, pour un peau-lisse. Je n'ai pas d'informations au sujet de votre père mais... Moriarty stocke des données sur ses clients dans son ordinateur personnel, dans le bureau de derrière, je suis persuadé qu'il y a quelque chose à son sujet là-dedans."
"Mais comment je fais pour y accéder sans me faire repérer ?"
"Passez par la porte de derrière aux alentours de minuit. C'est notre heure de pointe et Moriarty sera trop occupé à servir les clients pour glander dans son bureau. Vous n'aurez juste qu'à crocher la porte. Vu l'état de la serrure, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Le terminal vous demandera un mot de passe, il l'a écrit sur un bout de papier rangé dans l'armoire."
"Merci bien Gob. Vous êtes vraiment un chic type."
L'espoir renaquit en moi alors que je regagnais la salle commune pour retrouver Amata. Le soleil commençait alors à se coucher. Le sommeil me gagnait petit à petit. A peine eus-je le temps de programmer mon Pip-Boy pour me réveiller à l'heure convenue que j'm'écroula sur un matelas non loin d'Amata, à qui Morphée avait aussi rendu prématurément visite.
Le réveil fut dur, tout comme le matelas sur lequel j'avais dormi. Je sortis de la salle commune, constatant que l'atmosphère dans laquelle baignait Megaton était désormais de toute autre nature.
Me frayant un chemin dans ce sinistre paysage, je parvins à l'arrière-porte du saloon à l'ambiance fortement festive. Une simple épingle à cheveux fut suffisant pour en venir à bout, et je pus accéder au bureau de Moriarty. Fouillant l'armoire en évitant qu'elle ne grince trop, je mis la main sur le mot de passe, me permettant d'accéder aux dossiers du patron.
La plupart étaient des conneries sans intérêt... Des notes impayées, des fichier de comptabilité plus ou moins bien tenus. Le fichier des clients était déjà plus intéressant. Moriarty disposait visiblement d'un réseau d'information extrêmement développé, dégotant au plus honnête des samaritains les pires antécédents que l'on puisse avoir. L'idéal pour pratiquer le chantage et l'extorsion, en somme. Faisant défiler la liste des noms alors que le brouhaha d'à côté n'en finissait plus, je tombe enfin sur le sésame tant attendu: James Locke.
"Ah, ce bon vieux James. Ca fait dix-neuf ans qu'il n'a plus mis les pieds ici et du jour au lendemain il se pointe dans mon saloon. [...] Je me souviens parfaitement de lui parce qu'il avait à l'époque son gosse avec lui, un putain de braillard. D'ordinaire je les aurait éjecté illico, mais ce type savait vraiment manier les mots. [...] On a longuement discuté, il m'a dit qu'il allait prendre contact avec cet illuminé de Three Dog dans les studios de Galaxy News Radio pour l'aider dans un projet d'une grande importance à ses yeux. [...] Un gars honnête à en pleurer, mais pas un grand consommateur. Dommage."
Contradiction et confusion dominaient dans ma tête. A peine ma question obtient réponse qu'une nouvelle interrogation naquit dans mon esprit: Suis-je réellement un habitant d'Abri ? Lourde pensée se faisant envahissante alors que je quittais silencieusement le saloon. Je crois que je ferais mieux de m'envoyer en l'air cette nuit.