1419 – 1422. La conquête de la Sicile
Rhodes, 1419. Grand Commandeur de l’Ordre des Hospitaliers de St-Jean, Philibert de Naillac, écoute, l’air absent, les commentaires de Juan Sentenza, qui lui fait l’analyse impitoyable de l’état du royaume, sans rien lui épargner : le peuple est orthodoxe et de culture grecque, le commandeur et les siens sont catholiques et Français ou Italiens, les revenus sont inexistants, l’armée excède les maigres capacités de l’île : une rigueur budgétaire particulièrement sévère est nécessaire pour éviter la banqueroute. Pour ne rien arranger, Rhodes est entourée de charognards bien décidés à exterminer l’ordre, un anachronisme selon eux.
Heureusement, c’est ensuite Lord Béric Dondarrion qui prend la parole : ce rude chevalier d’origine française n’a rien de la subtilité de son hmologue italien et sa solution, pour faire face au problème de l’excès de troupes, est d’une grande simplicité : lever des troupes supplémentaires et fondre sur la Sicile aragonaise ! Le vin, dit-on, y est excellent. Les Siciliennes aussi. Ce programme alléchant sort Philibert de sa léthargie et le Grand Commandeur ordonne d’agir comme Lord Béric l’a proposé : les galères, une fois les troupes supplémentaires levées, parcourent péniblement la moitié de la méditerranée.
Balancé à la mer près des côtes, Sentenza rejoint la Sicile à la nage et apporte aux aragonais la déclaration de guerre de l’Ordre : les troupes ont déjà commencé le débarquement et l’ennemi est complètement pris par surprise (aucun soldat présent sur l’île). Messina est assiégée et l’armée, retranchée dans les montagnes, repousse facilement les troupes ennemies qui arrivent finalement en renfort. En Sicilia, les choses sont plus difficiles, mais la chute de Messina et l’arrivée de renforts levés à Rhodes (au prix d’un emprunt...) permet de relancer vaillamment l’offensive : Dieu (et l’absence totale de cavaliers aragonais...) offre la victoire aux Hospitaliers, obligés de vaincre ou mourir depuis les défaites à répétition de leur flotte.
Toute l’île finit par tomber et les Aragonais qui débarquent sont impitoyablement massacrés. La situation est néanmoins bloquée : l’Ordre ne peut plus rien faire, si ce n’est se défendre. Surprise, l’Aragon, qui ne semble accorder que peu d’importance à la Sicile, capitule et offre la paix à Philbert de Naillac, ainsi que 15 ducats, Sicilia et Messina ! La proposition est promptement acceptée, l’Ordre a triplé sa taille en trois années seulement. Mais les revenus restent dérisoires et rembourser l’emprunt semble impossible. Sentenza parle de la nécessité de s’en tenir à une stricte rigueur budgétaire, Lord Béric propose au contraire de souscrire un nouvel emprunt pour nommer des percepteurs en Sicile. Fin stratège, le Maître de l’Ordre choisit naturellement cette solution, qui plombe encore plus le budget du royaume. On le retrouve quelques jours plus tard dans une sombre taverne de Syracuse, un couteau derrière la nuque : sa volonté « d’essayer » tout le vin et toutes les femmes de Sicile l’a visiblement perdu...





